Fragments de texte, remanié et complété, extrait de « Les danses de l’Inde »

Par Elise CARBOU, Doctorante en Anthropologie, Laboratoire LAMIC, Université de Nice – Sophia-Antipolis.  In : Pratiques dévotionnelles. Etudes anthropologiques, automne 2003, Nice, Les Cahiers de l’ATAN, n°1. Association des Thésards en Anthropologie de Nice

 

 

Au temps ou le Bharata Nâtyam ne s’appelle pas encore comme tel mais est une danse à fonction rituelle exclusivement exécutée dans les temples par les « dévadacis« , danser est à la fois un acte de dévotion (pour les danseuses et de manière médiatisée pour l’assistance) et un enseignement théologique pour le même public car les danses ont alors une fonction narrative, transmettre les récits mythologiques (aventures des Dieux) à un public illettré n’ayant pas accès au textes mais apte à suivre le récit raconté par les danseuses au moyen d’une technique de mime codifiée et très élaborée.

 

Bharat Muni raconte (dans le Nâtya Shâstra) que les Dieux vinrent dire à Brahma qu’ils désiraient un divertissement auditif et visuel pouvant s’adresser à toutes les castes, les quatre premiers Veda étant interdits aux çudra (la caste la plus basse).

 

A la suite de la mise en cause des dévadacis et la dissolution de leur communautés (voir introduction historique), la danse des temple, ayant migré dans l’espace publique, devient une discipline artistique autonome de type académique. Si la dimension religieuse y persiste, c’est plutôt sur le mode d’une référence, externe à la danse elle-même, car ayant été proscrite du rite, l’ancienne danse des temples, devenue Bharat Natyam, a en réalité perdu sa fonction sacrée.

 

Ainsi, lors d’un récital, une statue de Shiva-Nataraja préside toujours à droite de la scène. Une offrande de fruits et d’encens est toujours déposée à ses pieds. Avant le début du récital, la danseuse est bénie par son maître. Elle se prosterne devant la statue du seigneur de la danse car par la danse qu’elle va exécuter, elle est elle-même une offrande.

 

En référence au Nâtya Shâstra, antique traité qui fixe les règles de ce style de danse, les gestes du Bharata Nâtyam sont définis et dénombrés d’une manière très précise. Le traité recense les treize positions ou mouvements de la tête, les neuf attitudes du cou, les trente-six façons de mouvoir la tête, les neuf catégories d’œillades, les sept mouvements des sourcils, les six du nez, les sept du menton ainsi que les dix du corps. Le visage peut-être maquillé avec quatre sortes de couleurs.

 

Quatre placements, appelés bhanga réglementent ces gestes. Le sama bhanga où le corps tenu droit en équilibre parfait représente la sérénité de l’âme, le ab bhanga où l’équilibre sur une seule jambe symbolise la méditation, le ati bhanga où l’infléchissement du corps dénonce la violence des sentiments et enfin le tri bhanga qui est un triple fléchissement du corps. Ce dernier placement, dit placement en S, est considéré comme la pose esthétique par excellence.

 

 

 

Les mouvements des mains, que l’on appelle mudrâ, ont une fonction narrative. Il y avait jadis vingt-quatre mudrâ concernant une seule main plus treize pour les gestes utilisant les deux c’est à dire trente-sept en tout (aujourd’hui, une centaine). Les significations des mudrâ peuvent être très diverses. Certains gestes ont un sens religieux ou psychologique, d’autres ont un sens tout à fait matériel. La combinaison des mouvements de la tête, du cou, du corps, des yeux et des mudrâ modifie le sens de chacun des constituants. Par ailleurs les mouvements des différentes parties du visage permettent l’expression théâtralisée d’émotions et de sentiments, aspect très spécifique à toutes les danses de l’Inde.

 

Le Bharata Nâtyam est donc une danse complexe, aussi bien pour le danseur que pour le spectateur, qui exigerait pour ce dernier, de connaître parfaitement le lexique des gestes, positions et expressions, de manière à être à même d’en suivre le récit, ce qui n’est plus le cas d’une assistance non spécialisée, même en Inde.

 

Le récital se déroule toujours selon un ordre établi par la tradition. Il se compose de six danses :

 

Alarippu : Cette danse est la consécration de la scène, celle-ci étant une réplique de l’univers. On réalise une offrande symbolique à chaque points cardinaux. Il s’agit d’une danse purement technique.

Stotram ou Stuthi : Cette danse est un hymne dansé en l’honneur d’une importante divinité comme Ganesha, Shiva, Saraswathi ou Parvathi.

Jathiswaram : Il s’agit d’une danse purement technique sur un rythme de 3,4,5,7 ou 9 temps. Sabdam : C’est une danse narrative basée sur un court poème dédié à une divinité et combinée à des séquences rythmiques.

Varnam : C’est la danse la plus importante du récital. Celle-ci fait alterner danse purement technique et danse narrative. Elle pouvait durer jadis jusqu’à une heure et demie, aujourd’hui, elle n’excède pas les trente minutes.

Tillana : C’est une danse purement technique et très rapide. Cette dernière danse est la plus difficile du répertoire.

 

Au cours du récital sont exécutés plusieurs padams, des poèmes dansés qui permettent à la danseuse de se reposer un peu. Le récital, qui pouvait durer jusqu’à six heures dans le passé, ne dépasse jamais aujourd’hui les deux heures.

 

Concernant l’accompagnement musical, il est joué comme dans les autres danses indiennes, grâce aux tala et aux bola. Les tala sont des cellules rythmiques qui marquent les battements du tambour et les bola sont des syllabes mnémotechniques qui rappellent les tala .

 

 

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